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Publié le 30 avril 2020

Covid-19 – Triselec, ou comment emballer les pâtes quand il y a moins de carton

La Spl Triselec, spécialisée dans le tri industriel des déchets ménagers dans les agglos de Lille et Dunkerque, est confrontée à une chute du nombre de tonnages. Et donc à une difficulté pour alimenter les repreneurs de PET (plastique) et de carton… dont le rôle est essentiel pour emballer eau, liquide et autres victuailles. Avec la fermeture des frontières, le monde d’avant est bloqué et le monde d’après n’a pas commencé. Kafkaïen.

Des salariés protégés et mobilisés (Photo DR)

Monde d’après, monde d’avant, monde de maintenant… Transitoire… Pendant que les débats enflamment les experts, la vraie vie continue. Et l’exemple de la Spl Triselec est, dans cette perspective, emblématique. Une petite fiche d’identité pour commencer : la Spl Triselec est, comme l’indique son site, « une entreprise de tri industriel de déchets ménagers issus de la collecte sélective des agglomérations de Lille et de Dunkerque. L’entreprise assure en direct l’exploitation de trois centres de tri situés à Halluin, Lille et Dunkerque. Elle est également une entreprise de requalification pour des personnes éloignées de l’emploi ». Elle emploie à ce jour 451 personnes dont 240 en parcours d’insertion.

Dunkerque ferme, pas Lille…

Lorsque le confinement est arrivé, la communauté urbaine de Dunkerque (CUD) a décidé de stopper la collecte sélective, au contraire de la Métropole Européenne de Lille (MEL). « Nous avons d’abord dû expliquer à nos salariés pourquoi Dunkerque fermait et pas les centres de Lille et Halluin. Or le débat ne s’est pas porté sur les agents de Triselec : avant de pouvoir trier, il faut pouvoir collecter et Veolia pour Lille et une régie pour Dunkerque s’occupent de cette tâche. Dunkerque a préféré concentrer ses effectifs sur la collecte des ordures ménagères résiduelles. La MEL a adapté la collecte avec une fréquence de collecte moins élevée : certaines zones sont collectées une fois tous les 15 jours, d’autres une fois par mois sur le recyclable », explique Dany Dunat, DG de la Spl. Le hic, c’est donc que la collecte des recyclables fait le yoyo. « D’un jour à l’autre, le  tonnage peut être complètement différent : certains usagers stockent entre les collectes, d’autres non. Parfois, les mairies mettent des moyens complémentaires, on ne peut plus anticiper ce que l’on va recevoir ! », assure la directrice.

L’économie circulaire n’est pas prête

Et cette variation dans le tonnage a un impact non-négligeable pour les repreneurs de PET (Ndlr, abréviation de polyéthylène téréphtalate, à savoir le plastique) ou de carton, comme les papèteries.  « La demande la plus urgente reste le papier-carton indispensable pour les emballages des produits dans nos supermarchés. Tous les jours, nous avons des demandes de matière ! Idem pour faire des bouteilles d’eau pour Cristalline, les industriels utilisent de la matière recyclée mais les tonnages diminuent : sur Dunkerque, nous n’en avons plus et sur la MEL, moins ! Pourtant, avec la crise sanitaire, on voit à quel point il nous faut s’appuyer sur les boucles locales. Quand les frontières ferment, on a besoin de produire localement. Cette crise interroge nos modèles, nous incitent à aller plus loin dans nos réflexions sur l’économie circulaire ! Elle montre aussi le rôle vital de l’industrie ! », affirme-t-elle.

Dépendance internationale

« Cette crise montre donc l’énorme intérêt de disposer de partenaires locaux. Ils étaient contents d’avoir des repreneurs de PET et de carton. Il faut prendre conscience que bon nombre de nos produits manufacturés (télés, meubles, etc.) viennent de Chine et que ces produits arrivent emballés chez nous. Avant la crise sanitaire, nous étions en crise du carton car la Chine avait fermé les frontières aux exportations de vieux cartons. Avec la crise sanitaire, nous sommes passés en mode pénurie : les industries papetières ont eu besoin de matière locale. Pour fabriquer des emballages, il faut de la matière et le recyclage apporte cette matière. Mais pour, cela il faut trier ! Les repreneurs nous ont alertés sur leurs besoins et les enjeux de cette matière pour l’industrie. Sans carton, comment les fabricants de pâtes vont-ils emballer leurs produits ? », alerte-t-elle.

Les salariés jouent le jeu

Depuis le confinement, Triselec a toujours fonctionné. « Les salariés ont toujours été présents. Tous, quel que soit leur contrat. Ils ont surmonté leur peur. Peut-être aussi ont-ils pris conscience de leur rôle dans la chaîne de collecte, traitement et recyclage ! Pour assurer la santé de tous, nous avons mis en place un protocole sanitaire assez strict, avec port du masque qu’ils avaient déjà l’habitude de porter pour se protéger de la poussière, mise à disposition de fiches sur les gestes barrières, rappel de l’importance du lavage des mains avant le poste, à la pause, à la reprise de poste. On a mis des protocoles spécifiques pour le changement des sous-gants en plus des gants et, en ce moment, on met également en en place des visières pour améliorer le confort des agents ».

Un mouchoir usagé ne va pas au tri

« J’ai trouvé dommage que Citéo, l’éco-organisme en charge de la filière Emballages, ne  fasse pas de communication sur le fait que les mouchoirs, lingettes et autres déchets potentiellement infectieux, ne doivent pas être mis dans la collecte sélective, car clairement, c’est une source d’inquiétude pour nos agents de tri ! On reconnaît le rôle vital de nos métiers, notamment avec le #NosHérosDuQuotidien, mais d’un autre côté on ne cherche pas à les protéger ! De même, en début de crise, nous n’avions aucune recommandation sur les protections à mettre en œuvre sur les sites et pourtant, on nous disait qu’il fallait continuer de fonctionner ! Je suis très fière de nos salariés qui ont toujours été présents et qui ont fait  un travail extraordinaire dans un contexte pourtant anxiogène ! », conclut-elle.

Par Benjamin GALLEPE
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